Publié par Mauna Kea dans Témoignages le 26/02/2025 à 15:05
Benoît Gilles, né en 1984, est biologiste diplômé de l’Université de Tours (Institut de recherche sur la Biologie de l’Insecte – IRBI), passionné par les insectes et leur rôle dans les écosystèmes. Sa carrière scientifique, nourrie de nombreux voyages et missions en France et à l’international, se concentre sur l’étude des insectes dans les milieux agricoles et urbains.
Son travail, notamment à travers la société Solinbio, qu’il a fondée en 2020, vise à favoriser l’intégration des insectes dans nos environnements, en présentant ces derniers comme des alliés, loin d’être des nuisibles à éradiquer.
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, Benoît Gilles ne vient pas d’un milieu scientifique. Son intérêt pour les insectes s’est manifesté dès son plus jeune âge, bien avant d’avoir connaissance de l’entomologie en tant que discipline. « Il n’y a pas d’entomologiste dans ma famille. Ça ne vient donc pas de là. Quand j’étais petit, je mettais mes mains dans des fourmilières pour voir comment les fourmis réagissaient. Mes parents me laissaient faire », se souvient-il avec amusement. Ce qui commence comme un simple jeu, une curiosité naturelle, devient rapidement une véritable passion.
Au fil des années, Benoît développe une fascination grandissante pour les insectes. « J’ai commencé à utiliser des petits tubes et à faire de petits élevages. Tout le monde pensait que cela me passerait, mais il n’en a rien été, bien au contraire ! Le monde des insectes est si passionnant qu’on ne peut que s’y plonger », explique-t-il.
Son goût pour l’aventure et l'exploration trouve aussi un terrain d’expression à travers ses voyages scientifiques dans des régions tropicales riches en biodiversité. Son travail l’amène à explorer des endroits comme La Réunion, le Panama, la Guyane, Madagascar, ou encore Sao Tomé. Ce goût de l’aventure est d’ailleurs nourri par les récits de grands explorateurs comme Jacques-Yves Cousteau ou Nicolas Hulot. « D’ailleurs, quand je ne pars pas pendant six mois, je me sens frustré ! », ajoute-t-il.
En 2014, Benoît décide de créer Passion Entomologie, un webzine qu’il conçoit comme un espace de vulgarisation scientifique, accessible à la fois aux experts et aux passionnés d’entomologie. Ce qui débute comme un blog personnel se transforme rapidement en une véritable plateforme de partage de savoirs, attirant aujourd’hui plus de 30 000 visiteurs par mois. Plus de 300 articles y sont publiés, abordant des sujets aussi variés que la biologie des insectes, leurs comportements, les enjeux de leur préservation, ou encore l’actualité scientifique dans le domaine de l’entomologie. Benoît précise : « Passion Entomologie vient combler un vide : les articles en français sont souvent trop simplistes, tandis que ceux en anglais sont très techniques. J’ai voulu proposer du contenu rigoureux, accessible aux experts comme aux amateurs. »
Bien que ce projet soit entièrement bénévole, il continue d’alimenter le site avec des articles réguliers, en privilégiant la qualité plutôt que la quantité. « Cela prend beaucoup de temps, donc je privilégie la qualité plutôt que la fréquence des publications. C’est pourquoi j’ai lancé Entomo-Flash, un format plus court qui permet d’aborder des sujets rapidement », explique-t-il.
Pour Benoît Gilles, vulgariser les connaissances sur les insectes est une mission essentielle. « C’est même indispensable, car le monde des insectes est peu ou mal connu. Le public est très peu conscient de l’incroyable diversité qui y règne. Finalement, les lecteurs sont contents de découvrir ce monde méconnu mais tout à fait passionnant. » Une des raisons principales de cette méconnaissance réside dans l’image des insectes dans la culture occidentale. Trop souvent perçus comme des nuisibles ou des ravageurs, les insectes sont loin d’être suffisamment compris dans leur rôle fondamental pour la biodiversité.
Benoît Gilles met également en lumière un problème de transmission de savoirs dans le domaine de l’entomologie. « Les spécialistes de l’entomologie ne sont généralement plus tout jeunes. Et ils travaillent le plus souvent entre eux, entre chercheurs. Leurs publications sont majoritairement rédigées en anglais. Ils sont donc plutôt contents de pouvoir parler différemment de leur métier dans un média comme Passion Entomologie », précise-t-il.
Mais, le défi reste grand : transmettre l’expérience et le savoir-faire des générations passées d’entomologistes. « Jadis, les scientifiques travaillaient sur la description des espèces et produisaient des clés de détermination. Ces outils de référence sont passés de mode au profit de techniques modernes comme la génétique et le moléculaire, et aujourd’hui, quand on a besoin d’une clé de détermination, on tombe régulièrement sur des documents vieux de 50 ans, ce qui est une éternité en science. »
L’un des grands défis de Benoît Gilles est d’améliorer l’image des insectes et de sensibiliser le grand public à leur importance. « Les entomologistes cherchent également à réhabiliter les insectes dans la culture occidentale. Dans l’imaginaire du public, on voit les insectes comme des êtres sales et nuisibles, comme des ravageurs qu’il faut éliminer. Or, il s’agit d’un monde passionnant à observer, notamment par les enfants, qui sont d’un naturel curieux », explique-t-il.
Il remarque que les mentalités changent peu à peu. « Heureusement, les gens sont de plus en plus conscients de la nécessité de préserver la biodiversité. Dès lors, ils sont plus réceptifs à toute information qui pourrait les aider à agir positivement », observe-t-il.
Benoît travaille en collaboration avec des agriculteurs et des filières agricoles, et des spécialistes de l’aménagement urbain pour intégrer les insectes dans des pratiques plus durables. « Avant, il fallait convaincre de leur utilité. Aujourd’hui, la question porte davantage sur la manière de s’y prendre pour intégrer ces insectes. »
L’un des principaux enjeux d’aujourd’hui est de renforcer les populations d’insectes et de démontrer leur rôle crucial dans des secteurs comme l’agriculture biologique. « Les insectes permettent de réduire les intrants chimiques. Mais il faut dépasser l’idée qu’ils sont forcément nuisibles. Ils peuvent être de véritables alliés pour améliorer notre qualité de vie », précise Benoît.
L’élimination d’un insecte jugé ravageur peut avoir des conséquences dramatiques sur l’écosystème, car elle entraîne souvent la disparition d’autres espèces dépendantes de ce même insecte. Pour contrer cela, Benoît préconise des pratiques plus durables comme la création de haies et de de bandes fleuries adaptées et spécifiques aux types de cultures et de ravageurs associés qui attirent les insectes pollinisateurs et autres auxiliaires. « Je réalise des diagnostiques et des suivis et je donne des formations sur ce thème à des coopératives agricoles », ajoute-t-il.
Un autre défi majeur auquel Benoît est confronté est le vieillissement des experts dans le domaine. « Devenir un spécialiste, cela prend une trentaine d’années. Or, il en manque beaucoup. Il existe un véritable déficit d’expertise en entomologie. »
Lors de ses missions sur le terrain, Benoît Gilles utilise du matériel spécialisé. « J’utilise des filets, des petits aspirateurs à mouches et des pièges pour insectes nocturnes. Le matériel léger et fiable est crucial dans nos missions, car nous travaillons souvent sur des sites difficiles d’accès. » Il s’approvisionne régulièrement auprès de Mauna Kea « Les fournisseurs de matériel entomologique sont peu nombreux. Je propose généralement de tester du matériel dans le cadre de mes missions scientifiques », explique-t-il.
Benoît Gilles continue de mener de nombreux projets ambitieux. En parallèle de ses recherches et de la gestion de Passion Entomologie, il s’investit activement dans des projets associatifs. Il est bénévole pour Microland, une association fondée en 2015 par l’entomologiste Gérard Filippi. L’association se concentre sur l’inventaire et l’étude de la faune riche et unique des forêts tropicales de l’archipel de Sao Tomé-et-Principe, et porte également des projets d’élevage d’insectes et en agro-développement, un domaine qui lui tient particulièrement à cœur. « Gérard Filippi et moi souhaitons développer Microland et renforcer sa légitimité scientifique. Nous avons un gros projet pour début 2026, que nous cherchons à financer », précise Benoît.
Dans ses projets personnels (en lien avec Microland), il compte continuer à enrichir sa collection de mouches afrotropicales un domaine dans lequel il est particulièrement investi. « J’ai environ 8 000 spécimens en collection qui doivent être étudiés et je compte bien l’enrichir encore », indique-t-il. Il souhaite aussi continuer à partager ses expériences de terrain à travers Passion Entomologie et documenter ses nombreux voyages scientifiques.
DEAR GILLES
We need collaboration in research on entomopathogenic fungi in Africa through multi-local projects. If you know of any, I would like to participate or contribute.
THANKS
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