Publié par L'équipe dans Entomologie le 04/09/2026 à 11:51
La création d’une collection d’insectes est une aventure qui passionne aussi bien les amateurs de curiosités naturelles que les scientifiques rigoureux. Cependant, posséder des spécimens n'est que la moitié du chemin. Cet article se concentre sur la pratique même de la mise en collection, de la préparation du spécimen jusqu’à son étiquetage final.
Avant même de manipuler le premier spécimen, il est crucial de comprendre qu'une collection moderne ne doit plus être un simple "étalage de trophées". Capturer un insecte n'est envisageable que s'il s'accompagne d'un apport d'informations rigoureuses. Sans données précises, la mort de l'animal devient un "massacre inutile".
L'entomologiste responsable doit respecter les lois en vigueur, notamment concernant les espèces protégées, et privilégier une éthique de prélèvement modérée. Une collection bien tenue sert de témoin historique de la biodiversité, permettant aux générations futures d’étudier l’évolution des espèces et de leurs habitats.
La qualité de votre collection dépendra entièrement de la façon dont l'insecte a été préparé. Idéalement, la préparation doit se faire immédiatement après la mort de l'insecte, alors qu'il possède encore sa souplesse naturelle.
Les insectes récoltés au filet ou par piégeage sont souvent recouverts de poussières ou de débris. Pour les spécimens robustes comme les coléoptères ou les orthoptères, un nettoyage à l'eau tiède avec une goutte de détergent doux est possible. Pour les espèces plus fragiles, utilisez un pinceau fin et souple sous une loupe pour retirer les impuretés sans endommager les soies ou les écailles.
S'il n'est pas possible de monter l'insecte tout de suite, il peut être conservé au congélateur dans un contenant hermétique pour garder sa souplesse. Si l'insecte est déjà sec (par exemple, s'il a été conservé en papillote pendant un voyage), il ne faut jamais tenter de l'épingler directement sous peine de briser ses membres.
Il faut alors utiliser un ramollisseur : une enceinte hermétique avec un fond humide (eau et quelques gouttes d'acétate d'éthyle pour éviter les moisissures) où le spécimen reposera sans contact direct avec l'eau pendant 24 à 48 heures. L'ajout de cristaux de thymol est fortement recommandé pour protéger les tissus durant cette phase d'humidification.
Certains groupes demandent des soins spéciaux :
Les papillons : ils ont tendance à devenir huileux. Un passage dans un solvant comme le benzène permet de les dégraisser.
Les grands orthoptères (criquets) : il est souvent nécessaire de vider l'abdomen de ses viscères et de le remplir de ouate pour éviter le noircissement et la décomposition interne.
Le montage est le cœur de la taxidermie insecte. C'est ici que l'on donne au spécimen une position naturelle et esthétique qui facilite son identification ultérieure.
N'utilisez jamais d'épingles de couture, car elles rouillent et détruisent l'insecte de l'intérieur. Utilisez des épingles entomologiques en acier inoxydable.
Taille 1 : La plus polyvalente pour la faune européenne.
Tailles 2 à 6 : Pour les gros coléoptères ou papillons imposants.
Minuties : Très fines épingles utilisées pour les micro-insectes, fixées ensuite sur un petit bloc d'émalène lui-même épinglé.
L'endroit où l'on insère l'épingle n'est pas laissé au hasard, afin de ne pas endommager les parties cruciales pour l'identification :
Hyménoptères, Diptères, Lépidoptères : au centre du thorax.
Coléoptères : dans l'élytre droit, environ au tiers supérieur.
Hémiptères (punaises) : dans le scutellum (petit triangle entre les ailes).
L'insecte doit être placé suffisamment haut sur l'épingle (environ 1 cm de la tête de l'épingle) pour pouvoir manipuler celle-ci sans toucher le corps.
Pour les papillons et les libellules, l'utilisation d'un étaloir rainuré est indispensable. Le corps de l'insecte est placé dans la rainure, et les ailes sont maintenues à plat sur les paliers latéraux à l'aide de bandes de papier cristal (ou calque) fixées par des épingles. Pour les papillons, la ligne d'intersection entre les ailes antérieures et postérieures doit être perpendiculaire à l'axe du corps.
Pour les insectes que l'on n'étale pas (comme les coléoptères), on utilise des plaques de polystyrène ou d'émalène pour positionner les pattes et les antennes de manière symétrique à l'aide d'épingles de maintien.
Certains insectes au corps mou (larves, chenilles, pucerons) ne peuvent pas être séchés car ils se déformeraient. Ils sont alors conservés dans des piluliers remplis d' alcool éthylique à 70-80% ou dans une solution AGA (Alcool, Glycérine, Acide acétique) qui garde les tissus souples pour une dissection future.
C'est l'étape la plus importante. Une collection sans étiquettes n'a aucune valeur scientifique. Chaque insecte doit porter au moins deux étiquettes sur son épingle.
Elle doit être rédigée avec une encre indélébile (encre de Chine ou imprimante laser) et comporter :
Le lieu précis : Pays, province, ville, et si possible coordonnées GPS.
La date : Jour, mois (souvent en chiffres romains pour éviter les confusions), et l'année complète.
Le nom du récolteur : Précédé de la mention "Leg." ou "Rec.".
Les données écologiques : Plante-hôte, altitude, ou mode de capture.
Placée tout en bas, elle indique le nom latin (genre, espèce, auteur et date de description) et le nom de la personne qui a identifié l'insecte ("Det.").
Une collection d'insectes doit être ordonnée pour être utile. Le classement standard suit l'ordre suivant : Ordre > Famille > Genre > Espèce. Les boîtes sont souvent divisées verticalement par des fils ou des lamelles de papier pour créer des colonnes d'espèces.
Le plus grand danger pour un insecte mort est l'insecte vivant. Les anthrènes et les dermestes peuvent réduire une collection en poussière en quelques semaines.
Prévention : Les boîtes doivent être parfaitement hermétiques.
Traitement : La méthode la plus efficace et la moins toxique consiste à placer les boîtes au congélateur pendant 2 à 3 jours périodiquement (environ deux fois par an).
Répulsifs : Des cristaux de thymol ou de l'huile de lavande dans une fiole de Sauvinet peuvent ralentir les infestations.
Enfin, protégez vos boîtes à insectes de la lumière directe du soleil, qui décolore les ailes des spécimens de manière irréversible.
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