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Mattéo Hubin, biologiste en devenir et explorateur passionné

02/04/2026 à 14:09

De Bruxelles aux forêts amazoniennes, le parcours de Mattéo Hubin raconte la naissance d’une vocation scientifique nourrie par le voyage et le terrain. Sélectionné pour le prestigieux Master Tropimundo, ce jeune biologiste explore la biodiversité tropicale au plus près des écosystèmes et des réalités locales.

Entre immersion en Guyane, découvertes en Guadeloupe et futur projet en Nouvelle-Calédonie, il conjugue curiosité, engagement environnemental et recherche appliquée. Portrait d’un étudiant devenu explorateur, animé par le désir de comprendre, préserver et transmettre. 

La genèse d’une passion

Avant ses études universitaires, Mattéo ne se destinait pas spécialement à la biologie ni même aux sciences en général. 

«En secondaire, j’avais choisi une option latin-anglais, plutôt éloignée des sciences. Je ne me prédestinais donc pas à une formation scientifique même si j'ai toujours été passionné par la nature durant ma jeunesse. à côté de ça, ma grande passion a toujours été la géographie, les cartes. Mon envie de voyager était déjà bien présente»

Initialement, Mattéo devait passer un an à l’étranger après ses études secondaires, mais ce projet n’a pas pu se concrétiser en raison de la pandémie de Covid-19. Il entame donc directement ses études universitaires avec un bachelier en Sciences biologiques à l'ULB. Un choix qu’il ne regrettera jamais. 

Au cours de ses premières années d'études, avant d’entamer son Master Tropimundo, Mattéo a effectué d’autres stages à l’étranger :

  • une semaine en Grèce et une autre en Roumanie avec l’alliance universitaire civique européenne CIVIS

  • deux semaines au Brésil, partiellement financées par Tropimundo

Le Master Tropimundo : une expérience extraordinaire

Mattéo est donc sélectionné pour participer au Master Erasmus Mundus Tropimundo, très prisé par les étudiants du monde entier. Sur 900 candidatures, seules 30 ont été retenues.

« La sélection s’opère sur dossier. Il faut remplir des formulaires, rédiger une lettre de motivation, obtenir des lettres de recommandation d’enseignants… Finalement, on est autant évalué sur sa motivation que les grades obtenus. »

Le Master Tropimundo est beaucoup plus ancré sur la recherche de terrain que les autres Masters en Biologie. Il s’articule autour de quatre semestres qui, pour Mattéo, se sont répartis comme suit :

  • 1er semestre à Bruxelles, à l’ULB-VUB

  • 2e semestre en Guadeloupe (UA)

  • 3e semestre en Guyane française (UG, AgroParisTech)

  • 4e semestre en Nouvelle-Calédonie (UNC) 

« Mon semestre en Guadeloupe m’a beaucoup plu. Pas tellement pour les cours dont le niveau n’était pas très élevé, mais pour l’environnement magnifique et la richesse du milieu aquatique. J’en ai profité pour passer mon brevet de plongée, faire du surf et visiter les Antilles. Je suis allé à Dominique, en Martinique, à Sainte-Lucie, en République Dominicaine et au Costa Rica, véritable paradis pour sa biodiversité.

Où que l’on aille, il est essentiel de prendre en compte les réalités locales, la culture et la connaissance des peuples natifs. Il serait absurde et déplacé de débarquer dans un pays inconnu pour en étudier la biodiversité sans écouter les locaux qui la connaissent mieux que personne. »

L’étude des forêts en Guyane

En Guyane, le programme de cours de Mattéo est plus dense et exigeant. Sur un campus en pleine nature, il suit des cours de statistiques, de modélisation, de dynamique des forêts, de machine learning…

Le semestre en Guyane est son préféré jusqu’à maintenant. Pour Mattéo, c’était une expérience incroyable. Il vivait dans une petite maison sur le campus, entouré d’une nature tropicale riche et vivante.

« Le campus ressemblait à un grand parc naturel avec des paresseux, des porcs-épics, des singes dans les arbres… Dans les maisons, on trouvait parfois des araignées énormes, souvent des Matoutou, sortes de grosse mygales. Pour quelqu’un comme moi qui adore la nature, c’était un environnement paradisiaque ! »

Le programme comporte également un mois de terrain, avec une semaine et demie en immersion totale dans la forêt amazonienne. L’étude du terrain nécessite parfois de faire appel à des technologies de pointe comme le lidar qui envoie des rayons laser toutes les 1/1000 de secondes pour cartographier la forêt ou alors déceler l'hétérogénéité des sols tropicaux à l'aide de l'hydrogéophysique et de la mesure de la résistivité électrique des sols, en complément de mesure pédologiques classiques.  

C’est au cours d’un séjour en forêt que Mattéo ramasse un papillon gigantesque mort sur le sol, le Thysania Aggripina. Il s’agit de la plus grande espèce de papillons au monde. Ses ailes ont une envergure de 23 cm.

« Je voulais absolument ramener ce papillon en Europe. J’ai dû le placer dans un sac en plastique pour le protéger des fourmis. C’est pour le conserver dans des conditions optimales en Belgique que j’ai commandé une boîte sous verre à Mauna Kea. »

Les expéditions en forêt amazonienne ne sont pas dénuées de difficultés, ni de risques. Un autre étudiant s’est fait mordre par un jeune grage (sorte de vipère locale très venimeuse). La morsure n’a heureusement pas traversé l’épaisseur de sa botte, sans quoi cet étudiant aurait couru un très grand danger.

« La chaleur et l’humidité rendent également le travail très fatigant, sans compter les moustiques qui semblent piquer encore plus de nouveaux arrivants que les locaux. Et puis, il y a les pluies tropicales terriblement drues, qui vous obligent à vous mettre à l’abri et réduisent en bouillie toutes vos notes sur papier ! »

Un projet de recherche sur les plantes hyperaccumulatrices de métaux
 

Mattéo s’apprête donc à effectuer un stage et à rédiger son mémoire de fin d’études sur des plantes endémiques de la Nouvelle-Calédonie qui ont pour propriété d’absorber le nickel et le manganèse contenus dans des sols ultramafiques très faibles en nutriments. Il s’agit de sols très chargés en métaux et lourdement exploités par les nombreuses mines de la région.

Ces sols imposent des contraintes énormes  pour la végétation. Pourtant,les plantes étudiées ont élaboré une stratégie particulière en réponse : stocker à des concentrations très élevées le nickel ou le manganèse dans leur partie aérienne, dans une stratégie étonnante de défense contre les herbivores, puisque la plante devient elle-même toxique en raison des métaux qu’elle contient.

Mattéo compte étudier ces plantes endémiques à des fins de phytoremédiation. En d’autres termes, on cherche à utiliser ces végétaux pour dépolluer les sols. Ensuite, il est possible de récupérer les métaux en brûlant les plantes hyperaccumulatrices. C’est ce que l’on appelle le biomining.

La recherche de Mattéo porte plus précisément sur l’étude du microbiome bactérien et fongique associé aux plantes hyperaccumulatrices de nickel et de manganèse en Nouvelle-Calédonie.

« Je suis impatient de découvrir ce terrain d’exploration extraordinairement riche. Avec Madagascar, la Nouvelle-Calédonie est la région qui présente le plus d’espèces endémiques au monde : 80 à 90% des espèces qui y vivent ne se trouvent nulle part ailleurs. »

Une préoccupation pour le développement local et l’environnement

Au cours de ses différents voyages, Mattéo se rend rapidement compte des enjeux liés au développement économique mais aussi scientifique dans les pays tropicaux.

« En Guyane, l’université cherche à former des acteurs locaux et à leur permettre d’obtenir un diplôme supérieur. Les peuples natifs sont d’ailleurs très intéressés par l’étude scientifique de la forêt, car l’Amazonie est essentielle à la vie des Guyanais. Malheureusement, les infrastructures sont trop limitées et la France métropolitaine ne consent pas à investir suffisamment dans les départements et territoires d’outre-mer. »

Mattéo est souvent le témoin bien impuissant des dommages causés à l’environnement aux seules fins de profit, comme la déforestation en Guyane ou l’exploitation minière à outrance en Nouvelle-Calédonie.

« Voir abattre un arbre multi-centenaire fait vraiment mal au cœur, même si on ne peut rien y changer en tant qu’étudiant venu d’Europe. Et puis, il y a le dilemme de l’avion. Il faut bien le prendre pour voyager si loin, même si l’on est conscient des émissions de CO2 que cela entraîne. »

Et ensuite ?

Quand il aura bouclé son Master Tropimundo à la fin de cette année académique, Mattéo voudrait continuer à voyager pendant une année supplémentaire dans les pays tropicaux pour effectuer des stages et réaliser des activités bénévoles.

Par la suite, il aimerait rentrer dans le monde du travail ou alors se lancer dans une thèse de doctorat dans un thème qui lui plaira, que ce soit en microbiologie, en entomologie ou en botanique dans un cadre plus global d'écologie tropicale.

Une fourmi infectée et tuée par le champignon Cordyceps

Une dendrobate Ranitomeya variabilis

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